Bon, j’ai fait le cours hier et tout. Et pendant, j’ai eu un message sur mon répondeur. L’immeuble change de propriétaire et je dois dégager de mon appartement avant Octobre. Il ne me manquait plus que cela. J’ai déjà eu un mal fou à trouver celui-ci, dans lequel je me sens plutôt bien. Maintenant, je suis perdu. Vais-je trouver un autre appartement dans la même ville, dans un autre coin de France que je préfère (retourner à Grenoble par exemple), ou partir rejoindre babe et m’installer aux Philippines ? Je n’ai aucune idée de ce dont je suis capable et ce n’est vraiment pas le moment. J’ai très peu dormi.

Tim BuckleyI Must Have Been Blind

J’arrive dans mon appartement (plus pour longtemps), il fait 14 degrés et dehors -6. Je suis congelé devant mon laptop. Le chauffage tourne à fond, il faudra quelques heures. J’hésite à fumer un pétard à dix heures du matin tellement je suis dégoûté. C’est mon mécanisme de défense, avec l’alcool quand je buvais, ce qui n’est plus du tout le cas.

The Bridal ProcessionCoalescing Destinies

Je fume un petit joint. Je prends encore un grand café. J’ai froid. Mais j’ai aussi envie de me réfugier dans le texte, dans cet autre monde, dans ce qu’il y a de plus profond et libre. Mais rien n’y fait. Démarchage sur mon téléphone. Babe qui pète un plomb dans le traffic de Manille dans lequel elle est coincé à bientôt neuf heures du soir (elle s’est levée avant cinq heure ce matin) et qui pense à ses problèmes de taxes sur la succession. Bref, c’est la merde de partout.

Demon LungLament Code

Je me retrouve avec mes vêtements d’intérieurs, en grandes superpositions pour résister au froid. Je me suis même couché pendant une heure tout habillé. Le fait de me relever et de prendre un café de plus, ne donne rien. J’achète quelques cadeaux pour le voyage à Manille, sans grande motivation.

Je parle un peu avec babe, mais avec amertume, pour moi, mais surtout pour elle. Il faut vite qu’elle change de maison, elle devient dingue dans celle-ci (et dans cette ville, en tout cas dans son quartier). Il est vrai que sa maison, bien que grande, est dans un quartier vraiment populaire et suffisamment éloigné de ses missions pour que cela soit un problème. Il y a ses tantes folles et méchantes qui lui mettent des bâtons dans les roues en permanence. Son oncle handicapé mental qui vole les repas qu’elle se fait pour le boulot. Ses problèmes sont infinis. Avec sa mère en vie, cela tenait encore le coup. Mais là, sept ou huit mois après la mort de sa mère (son père étant déjà mort depuis longtemps), elle ne peut toujours pas faire son deuil dans la paix. Elle ne demande pas grand-chose, mais cela ne change rien. Mes problèmes, mêmes délirants et chiants soient-ils, ne sont rien en comparaison. On ne peut comparer deux univers si différents de toute manière.

J’essaie de ne pas me laisser abattre et je pense notamment à la fiction, à l’écriture, pour me sauver des désastres. Je ne sais vraiment pas si je peux en être capable, si je peux abandonner tout le reste. Le monde.

Demon LungPareidolia (2018) • Analog – Hard • 4/5

Je suis obligé d’encourager babe finalement pendant qu’elle doit dormir debout en se préparant pour se coucher alors qu’elle n’a pas eu le temps de se poser cinq minutes pour souffler. Cela m’énerve grandement. C’est une bonne personne, je ne comprends pas pourquoi le malheur s’attarde sur elle, et sur moi dans une moindre mesure. Maintenant, je ne sais pas si elle dort déjà. Je n’ose pas la déranger dans une journée si pourrie. Ce n’est pas la peine d’en ajouter des tonnes. Je pense au voyage en priorité, je pense à ce que cela pourrait débloquer pour notre futur. Si cela ne fonctionne plus, il faudra se rendre à l’évidence. Mais je ne suis pas du genre à laisser tomber si facilement devant même de grands obstacles. Je n’aime pas la facilité de toute manière : je suis snob.

Pour le moment, je ne préviens pas mes parents pour l’histoire du déménagement. Ma mère va encore paniquer, ça va être infernal. Aujourd’hui, j’essaie d’oublier mes problèmes car ils ne sont pas si graves que cela mine de rien. Je suis seul pour affronter cela en ce moment. Ce n’est pas important. Je n’ai vraiment pas besoin de grand-chose. Un petit endroit, une connexion internet de bonne qualité. Le reste, je m’en moque. Je laisse tout ce qui est matériel derrière moi. Il est inutile de continuer à trimballer des choses. Que je n’utilise pas. Il faut bien comprendre que je passe 90% de mon temps devant mes écrans de computers. Le reste, c’est de la sieste en général. Là je vais bientôt en faire une autre. Et me coucher très tard dans la nuit, comme j’ai pris l’habitude de le faire.

MnemonicAversionen (2018) • Digital – Regular • 3/5

La chatte demande à manger, puis ensuite elle veut monter sur mes genoux pendant que j’écris. Ce n’est pas pratique. Je bois un thé chaud car il ne fait encore que 18 dans l’appartement. Sans bouger spécialement, on est rapidement frigorifié. Le gros m’enjoins plus facilement à retourner au lit, même s’il est glacé, pour me reposer, pour reboot le cerveau et partir sur quelques idées neuves, comme si tout précédent était mort depuis longtemps alors que cela ne fait qu’une heure et trois minutes. 17h03. Je bloque un peu en buvant mon thé. Babe s’est probablement endormie sans me dire bonsoir. Ce n’est pas grave. Maintenant, je vais simplement finir mon thé et aller me coucher. Les journées commencent vraiment à rallonger. Il ne fait plus nuit à cette heure-ci, alors on a l’impression qu’il faut faire des choses : ce qui n’a absolument rien à voir.

J’essaie à mon réveil de ne pas y penser, de ne plus focaliser dessus, sur le fait de se faire jeter de chez soi sans que l’on n’ait rien fait de mal. Je me demande quoi faire pour passer à autre chose avant mon voyage et ne penser qu’à cela quand je suis sérieux. J’aimerais bien avoir envie de me détendre et faire des choses qui ne servent à rien, encore plus à rien, mais je ne vois plus.

De l’importance réelle des sentiments et des émotions

Il existe une chose étonnante. Lorsque de mauvais évènements se passent dans nos vies, on en rajoute nous-mêmes, comme si cela n’était pas assez. L’exagération est un problème fondamental aujourd’hui. Que ce soit dans le malheur ou dans le bonheur. On se pousse soi-même à inventer une intensité qui n’existe pas. Au lieu de penser que okay, on a un problème, on va le gérer, aussi énervant soit-il, on va plutôt s’en plaindre, se lamenter tout seul parfois. Lorsque l’on se sent bien du autre côté, la norme étant devenue d’être toujours plus « animé », on va en rajouter des tonnes. Et finalement, un bon moment devient en réalité moins bon que ce qu’il ne l’est, quand on le ressent. C’est un paradoxe comportemental. On en rajoute et on se dit qu’en vrai, on n’est pas si content que cela et cela nous déçoit. Au lieu de prendre seulement ce qui nous est donné, sans le refuser, mais sans non plus imaginer qu’il a une valeur plus haute que la sienne propre. Malheureusement, le monde fonctionne comme cela aujourd’hui. On partage avec plus d’intensité des choses qui ne sont en réalité pas nécessaires pour les traiter efficacement. Le fait de partager ces choses, comme sur les réseaux sociaux est typique de son propre mensonge, qu’il soit bon ou mauvais. Au lieu de perdre son énergie à partager le moindre souci, il est plus malin d’utiliser son temps à résoudre le problème directement. On lui donne trop d’importance et de ce fait, il nous paraît alors impossible à maîtriser. J’avoue être le premier à tomber souvent dans ce travers maladif chez moi.

(image : Fanzine Paper)

2 thoughts on “ Mardi 27 février 2018 — Journal ”

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