J’avais dit que j’arrêterais d’écrire n’importe quoi n’importe quand, mais je ne peux pas faire sans. Même si je suis pressé, même si j’ai des choses à faire, je suis obligé d’écrire, de dégazer mon esprit sur mon écran et pire, de le partager.

Ce matin, j’avais une série d’emails d’une ancienne petite amie de quand j’avais 17 ans. Depuis quelques temps, elle avait repris contact pour récupérer mon mémoire de philosophie (elle aussi a fait des études de philosophie). On ne s’était pas écrit depuis un an et pour mon anniversaire, elle m’envoie vers six heures du matin quelques mots, dans quelques emails qui se suivent : « Tu seras mon amour éternel / Tu me manques / Parfois. »

Cela me fait vraiment bizarre. Je me souviens parfaitement d’elle. L était réservée, dans son petit coin, cachant son visage avec ses cheveux alors qu’elle avait un charme extraordinaire, mais personne ne le voyait. Un jour, on ne se connaissait pas, au lycée, elle a un an de moins que moi, je passe dans une heure creuse pour m’enfiler une bière de bon matin au bistrot. Elle était assise, toute seule, sur le chemin. Je me suis assis en face d’elle. On s’est regardés, elle avait des yeux magnifiques. Je lui propose un café. Elle accepte. Puis je lui demande : « je peux t’embrasser ? ». Et elle me dit oui. Nous avons été ensemble que vraiment peu de temps, mais nous avons vécu des instants merveilleux que je n’oublierai jamais même si j’étais saoul et défoncé. Je suis triste pour elle, elle semble avoir du mal aujourd’hui (qui n’a pas du mal aujourd’hui ?).

J’écris donc à L une petite réponse de bon matin, tendre et rassurante, mais en gardant une certaine distance car je suis pris par babe, il ne doit pas y avoir confusion. Cela m’a mis dans une drôle d’humeur pour la journée : douce-amère.

Je suis sorti ensuite acheter des jolis cadeaux pour les deux meilleures amies de la mère de babe qui ont été là pour elle lors du décès en juillet dernier. C’est important. Et bien sûr, en Asie, les cadeaux, même peu chers, sont très importants. J’ai trouvé les bonnes choses, ma valise est presque pleine, ou plutôt terminée, parce qu’il y a beaucoup de vide. Elle est énorme. Je vais prendre comme l’an dernier mon oreiller en plus parce que je l’aime bien et aussi parce que cela cale le tout. Au retour quand je me suis fait fouiller complètement, à part, par la police française, ils étaient perplexes devant mon oreiller. Cela ne s’est pas trop mal passé par contre. Ils faisaient leur job, ni plus ni moins. Leur technique d’interrogatoire était assez amusante et édifiante.

La police pose des questions très rapides, on n’a à peine le temps de répondre qu’une autre fuse et ainsi de suite. Et puis il y a les pièges. Ils reposent parfois la même question, toujours rapidement, mélangée aux autres, pour voir si l’on invente pas quand on répond du tac au tac. Personnellement, je pensais plus à ne pas manquer mon train pour rentrer chez moi tellement j’étais fatigué.

The SocksThe Socks (2014) • Analog – Regular • 4/5

J’ai fait pas mal de siestes aujourd’hui. Je ne suis donc plus fatigué à 17h38. Je dois attendre 23 heures de toute manière pour souhaiter bonne chance à babe pour son examen de langage des signes, qu’elle galère vraiment à avoir. Je l’aide mais il est vrai que c’est vraiment difficile. Je ne sais pas comment elle fait, en plus de son boulot et de ses extras et de la circulation folle de Manille. Elle est dans un état de fatigue permanente mais elle ne connaît que ça. Combien de fois elle s’est endormie en plein milieu d’une discussion ? C’est dingue. J’aimerais vraiment lui permettre de se reposer. Je vais vraiment passer beaucoup de temps à la cajoler pour qu’elle dorme. Elle veut déjà faire plein de choses mais je sais qu’elle a besoin de repos. Elle le sait aussi, elle l’avoue, parfois. Mais comme elle souffre d’une mauvaise image d’elle-même, c’est une sorte de flagellation permanente qu’elle opère sur elle-même.

Je fume finalement une cigarette à la fenêtre. Je m’en moque un peu. Je sais que je peux faire sans, je n’y ai pas touché de la journée. C’est juste que (les excuses à dix balles) cela me fait plaisir et que je n’aime pas être contraint par quoi que ce soit.

Je prends un Seresta parce que c’est l’heure, ce qui va me fatiguer à nouveau mais faire glisser la journée facilement jusqu’à sa fin. Le soleil se couche. Je n’ai pas tout fait, mais j’ai quand même bien avancé. Cette journée était suffisamment efficace pour mon propre jugement. Et je prends même le temps d’écrire. J’ai toujours ce drôle de sentiment par rapport à mes très anciennes ex-girlfriends (il faut dire qu’ensuite j’ai vécu presque vingt ans avec A en étant totalement fidèle). Elles se manifestent maintenant, c’est très étrange. Nous habitons à des centaines de kilomètres, nous ne sommes pas vu depuis deux décades, c’est un peu délirant, et en même temps cela fait remonter des souvenirs et des émotions. Des visions courtes et particulièrement vives aussi. Quelle étrange journée !

J’aurais le temps de faire certaines petites choses mais bizarrement je les repousse. Nous sommes pourtant très proche du départ. Et la nuit continue de tomber. Je la laisse m’emmener dans le vide, dans ce qui n’est plus du monde, dans mon lieu secret et sauf. Je me laisse porter par la musique, je suis toujours seul dans l’immeuble, jusqu’à ce que je déménage, avant octobre. Mais ce sera le problème suivant, pour l’instant, j’essaie de rester concentré sur le voyage.

Between the Buried and MeAutomata I (2018) • Analog – Harder • 5/5

C’est que j’aimerais remplir mon petit sac-à-dos pour l’avion mais je ne peux pas parce que ce ne sont que des choses que j’utilise en permanence, comme le laptop. Je pourrais trier mes médicaments par exemple. Mais je n’ai plus la force de faire cela. La nuit me dit : Chut ! Écoute la musique et arrête de penser à ce qui n’est pas encore là. D’un autre côté, je n’ai rien envie de faire d’autre que de me trouver face à cet écran gris foncé avec le texte blanc et rien d’autre. Une machine à écrire permanente et infinie. Je pense que je vais écrire un long email à L. Il n’y a plus grand monde à qui je puisse parler de toute manière. Et j’ai envie de lui parler.

Big NobleFirst Light (2015) • Digital – Ambient • 4/5

23h16. Babe doit être en train de se lever pour sa dure journée de test de langue des signes. Je l’attends un peu pour l’encourager avant de me coucher. Elle m’a dit dans son hier qu’elle se levait à 6 heures. Je lui laisse un petit mot pour lui dire que je suis avec elle. Elle doit se préparer probablement. De mon côté, je n’ai pas fait grand-chose de plus ce soir. Mais je n’avais rien prévu de mieux non plus. Je vais changer de patch et bientôt me coucher car je me sens las. Et je n’ai pas encore pris mes médicaments du soir. Voilà qui est fait. J’attends babe jusqu’à minuit et je vais dormir. Je me sens fatigué ce soir, spécialement, même si je ne sais pas vraiment pour quelles raisons. Je ferais même mieux d’attendre au lit. Pourquoi rester devant mon écran. Je vais réchauffer mon futon avec le gros chat.

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